Les freins et les obstacles

EMA = Education aux Médias Audiovisuels

 

Nous tentons ici de faire un point objectif, mais il s'agit d'hypothèses à partir de nos observations et de nos connaissances. Leurs vérifications nécessiteraient une enquête approfondie, sans doute trop longue et trop chère pour nous à réaliser. Faire connaître les freins et les obstacles au développement de l'EMA, permettra, espérons le, de les lever plus rapidement. N'hésitez pas à nous faire part de vos avis et autres commentaires sur cette page, par e.mail à adeif.video@gmail.com.

Rappelons que les activités d'EMA doivent pouvoir être proposées de façon régulière dans les établissements scolaires et les structures d'accueil éducatif, de façon autonome, sans nécessairement faire appel à des intervenantes ou intervenants spécialisés extérieurs. C'est là une des principales conditions du développement de l'EMA. On ne peut donc pas considérer le manque de moyens financiers des établissements pour faire appel à des spécialistes comme un frein objectif au développement de l'EMA. Par contre, le manque de formation des personnels enseignant et d'animation restreint particulièrement les possibilités d'activités de qualité et régulières, nous y reviendrons un peu plus loin.

 

Nous avons classé nos hypothèses par ordre décroissant d'importance (des freins les plus importants au moins importants).

 

>  pour la très grande majorité de la population, des décideuses/décideurs, des élu(e)s, les principaux enjeux éducatifs et sociétaux de l'EMA sont probablement mal saisis (les risques, comme les bénéfices : sens critique, éveil, expression) et ne sont pas considérés comme prioritaires. Pourquoi ? Peut-être d'abord parce qu'ils ne sont pas suffisamment expliqués, diffusés et, quand ils le sont, pas de façon suffisamment accessibles, synthétiques est claires pour le plus grand nombre.

Les enjeux de l'EMA ne se limitent pas uniquement au développement de l'esprit critique (un enjeu déjà essentiel), ils relèvent également de l'éveil de la capacité d'expression par l'image et par les médias (information, communication, création artistique...). En cela, on peut aussi regretter que l'outil vidéo ne soit pas davantage utilisé en temps scolaire comme en temps libre, surtout en 2019, alors que la grande majorité des ados disposent d'une caméra sur eux (smartphone) !

La pédagogie de l'EMA semble également très mal connue (quelles méthodes et quelles activités souhaitables et répondant réellement aux enjeux). Elle ne se réduit pas à entreprendre un projet de réalisation vidéo (fiction, reportage, clip...).

 

 

> une demande très limitée ; la grande majorité des adultes (parents, enseignantes et enseignants, éducatrices et éducateurs..) ne semblent pas réellement être inquiets de voir les enfants et les jeunes passer une partie importante et grandissante de leur temps devant la TV, les jeux vidéos, les réseaux sociaux, un tendance lourde devenue une norme..."Ça n'empêche pas de s'en sortir socialement, professionnellement ... il faut savoir vivre avec son temps, etc.". N'est-ce pas dû aussi à un manque de recul, une difficulté à remettre en cause son mode de vie considéré comme conforme. Généralement, ces modes de vie paraissent se reproduire d'une génération à l'autre (par habitude et mimétisme, les enfants regardant le plus la télé sont ceux dont les parents l'ont aussi beaucoup regardé et la regardent encore beaucoup). Le nombre de parents ayant demandé à un établissement scolaire, un service jeunesse, un centre de loisirs, un centre ados, une MJC, une médiathèque, un cinéma de proposer des activités d'EMA doit être sans doute particulièrement dérisoire.

 

 

> retard de l'Education Nationale pour adapter ses programmes aux besoins d'éducation et d'enseignements actuels. Les activités scolaires sur l'image fixe semblent assez courantes, mais beaucoup plus facultatives et rares sur tout ce qui relève de l'EMA.

 

> pas assez de formations d'adultes en général. Les formations destinées aux enseignants et professionnels de l'animation enfance-jeunesse sont rares, facultatives et peu demandées. Par ailleurs, pour être performantes, les formations doivent s'appuyer sur des expériences vécues, des pédagogies ayant fait leurs preuves, mais aussi être adaptées aux réalités des structures et des adultes participants (effectifs de jeunes, effectifs d'encadrement, équipements...). Le niveau de compétences des adultes entrant en formation doit être aussi pris en compte (niveau en matière d'éducation, de pédagogie et niveau technique).

 

> manque d'encouragements vers les métiers de l'image et des médias audiovisuels. La rareté de ces métiers sur notre département en est sans doute une des principales causes. Ils se concentrent dans les grandes métropoles, en particulier en Ile de France : employés de télévision, journalistes/reporters d'images (JRI), réalisateurs et techniciens de cinéma, etc. Aussi, rares sont les enfants et les jeunes de Loir-et-Cher ayant de ce fait un parent ou un proche travaillant dans ce domaine. Rares sont ceux pouvant baigner dans un environnement propice à un désir d'orientation vers ces métiers.

 

> pas assez professionnels de l'EMA de terrain, travaillant à plein temps dans ce domaine, sans doute d'abord par manque de volonté,  mais aussi par manque de moyens financiers (par exemple, ADEIFvidéo ne peut pas embaucher plus d'un salarié), manque de demande d'activités d'EMA de la part de la population et manque de formations professionnalisantes.

 

> pas assez d'associations ou de services dédiés entièrement à ce domaine au sein des collectivités locales.

 

> pour le temps scolaire, des enseignants souvent déjà trop sollicités par leur programme et des conditions de travail difficiles.

 

> les limitations d'utilisations de toutes réalisations non libres de droits, souvent interdites ou tarifées (TV, web, DVD...).

 

> le secteur marchand ne s'empare pas de ce domaine éducatif :
   - pas de formation dans le secteur privé (non associatif ou publique)
   - très peu de création d'outils pédagogiques (comme par exemple la table mash up)
   - pas de jeux vidéo exploitant cette thématique (à quand un simulateur de JT ou de gestion de chaînes TV !), d'autres exemples pourraient sans doute être trouvés...

 

> des projets d'activités parfois inadaptés et démotivants, entrepris en temps scolaire ou dans les structures d'accueil éducatif, notamment des projets de réalisation trop ambitieux, trop longs, trop complexes, arrivant trop tôt dans le processus initiatique. Des projets de réalisation où parfois même il s'agit d'imiter et singer sans nécessairement pouvoir comprendre, ni s'exprimer, ni bénéficier de réels apprentissages. Bref, des projets finalement démotivants pour ses organisateurs et ses participants. Ces mauvaises expériences peuvent aussi dissuader de faire de l'EMA pour celles et ceux considérant qu'il s'agit toujours nécessairement d'entreprendre un projet collectif de réalisation.

 

> manque de matériel adapté dans les structures d'accueil enfance/jeunesse et dans les écoles primaires. A notre connaissance, les collèges et lycées semblent mieux équipés.

 

> manque de mutualisation des compétences, des ressources, des moyens de communication, des offres de formation entre les différents organismes oeuvrant pour l'EMA (mais des rapprochements sont en cours).